SAHARIDJ TRIBUNE

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Rêves et Revers

Rêves et Revers

        drogue.jpg  En Kabylie comme dans beaucoup d’autres régions du pays, la vague toxicomaniaque déferle sur toutes les localités et commence à ronger sérieusement la collectivité  et à l’exposer à un danger imminent  qui compromettra inéluctablement   son harmonie,  sa stabilité et jusqu’à sa cohésion sociale.

          Ayant trouvé un terrain propice  et prédisposant, ce nouveau fléau  s’installe fortement et se développe solidement au sein d’une jeunesse meurtrie, désœuvrée et blasée qui a perdu tous les repères et qui ne se reconnaît nullement dans cette société injuste et cruelle qui l’a marginalisée  et  poussée  à  la dérive.

         Si certains jeunes versent franchement dans l’alcoolisme, se suicident,  ou, hantés par le rêve de l’eldorado européen, tentent de traverser  la Méditerranée   d’autres recherchent leur propre  univers à travers la drogue

          Cette dérive, sans cesse croissante, est soutenue  et propagée souvent par les manœuvres de certaines personnes  cupides, hommes du milieu par excellence, qui ont vulgarisé l’usage des  drogues  en  appâtant, chaque fois, de nouvelles victimes issues   d’une  population juvénile   fragilisée  et vulnérable par l’offre généreuse, tout au moins  les premiers temps, d’une diversité  de produits à des prix dérisoires. Ainsi commence  l’escalade, la découverte du plaisir procuré par les toxiques, le désir d’accès à une autre vie meilleure  et,  l’accoutumance, l’assuétude s’établissent peu à peu  avec toutes leurs conséquences nocives et désastreuses.

          Voici l’histoire de l’un d’eux, car elle semble résumer tous les aspects de la conduite  toxicomaniaque. Il nous parlera  crûment et  sans ambages de son  long chemin parcouru dans le monde de la drogue et des drogués. Pour lui préserver l’anonymat souhaité, nous le désignerons  sous le nom d’emprunt de  Rachid.

          Rachid  est un jeune homme de 24 ans, deuxième d’une fratrie  de   cinq. Il a été renvoyé de  l’école fondamentale  à l’âge de 17 ans pour travail insuffisant à la fin de la 7e AF après avoir redoublé la même classe deux  années consécutives. Son  père, manœuvre  sans qualification professionnelle,  arrive difficilement à subvenir aux besoins de  sa famille. Il est un homme harassé, un père  inexistant, faible et sans autorité, peu préoccupé de l’éducation de ses enfants. Sa mère, dit-il, est une femme bonne et courageuse dans les événements de notre famille, devant sa souffrance et sa misère ; c’est elle qui s’occupe des enfants, parfois même  des dépenses,  prenant la place du maître de maison là où il est incapable ou  défaillant. 

          Enfant, Rachid était désobéissant, bagarreur et irascible  Il  dira de lui : « je faisais toujours ce qu’il me plaisait, je jouais  toujours le chef, le dur, l’inflexible, je dominais tout le monde  et je n’ai  jamais  pleuré quand j’étais  môme. »

          Autour de lui, à l’école ou dans son environnement  d’adolescent,  les garçons de son âge se racontaient les scènes les plus attrayantes, les plus fantastiques de leurs séries préférées et   parlaient incessamment  des pays  occidentaux,  pays-paradis où chacun  vit à sa guise et où  on peut trouver tout ce que l’on recherche : belle vie,  appartements luxueux, voitures somptueuses, travail,  argent à la pelle, belles filles et  surtout liberté.

          Et Rachid évoluant dans un milieu carencé,  déficient  et frustrant se met à construire un univers chimérique, un royaume fabuleux et à  caresser des rêves les plus beaux qui l’éloignent  de  « ce pays dégoûtant où il n’a pas sa place et aussi de ce patelin misérable et sordide  où tout est tristesse et mélancolie ». Et ajoute-t-il : « quand je reviens à la réalité,  le soir venu,  en  rentrant chez moi  je me sentais  à l’étroit, étouffé  dans cette maison lugubre qui devenait  de plus en plus exiguë, serrée, et qui n’arrivait plus  à me contenir. Je suis devenu hargneux envers tous les membres de ma famille, je provoquais tout le monde, j’inventais toutes sortes de prétextes pour engager une altercation sans merci.  Ce comportement  belliqueux  m’éloignait déjà de mes frères et sœurs et me détachait  de mon père que  je commençais à haïr. Ma mère, malgré son affection  et sa tendresse, commençait à se détourner ouvertement  de moi  et même à me détester et à me réprouver ».

          drogu.jpgC’est en ce moment, abattu, déprimé, et  obsédé par un  rêve fou, irréalisable,   qu’il se marginalise face à cet entourage  qu’il considère étranger, sectaire et malveillant  et se  réfugie dans le monde  des drogués où il  goûta pour la première fois au  hachisch et  découvrit les sensations inédites et le paradis artificiel. Après,  il n’a jamais voulu s’arrêter : « c’est  formidable cette tablette qui vous fait tout voir coloré, vous happe dans un tourbillon surréaliste et vous fait découvrir une prodigieuse vitalité d’une  autre forme  de vie comblée de  bienfaits originaux  et de félicités paradisiaques et puis le hachisch qui, grâce à sa magie, vous saisit et vous transporte en douceur dans un royaume fantastique où tout le monde est roi,  c’est si exaltant et enthousiasmant…, c’est un véritable  voyage dans le temps et dans l’espace. Je suis seul dans mon monde,  maître de mon royaume,  je n’ai  plus besoin de mon père, de ma mère, de ma famille, je suis libre, libre, fort et puissant ». Dit-il.

          Au fur et à mesure que les semaines passent,  l’emprise de la drogue  s’affermit  jour après  jour et  ses méfaits ravageurs   commencent  à se manifester clairement.  Rachid  se claustre dans le silence et se marginalise  de droguesvaries.jpgplus en plus en devenant inquiet, angoissé puis violent et  agressif.   Maintenant le  besoin  de se droguer se fait sensiblement sentir et devient même une exigence impérieuse  et   l’argent  lui  fait  fréquemment défaut.   Pour s’en procurer, il utilisait mille et un subterfuges pour trouver quelques misérables pièces auprès de ses anciens amis,  mais cela reste insignifiant.  Pour en avoir davantage, il a volé plus d’une fois les parcimonies de  sa pauvre mère ;  il a vendu tous les bijoux de famille dont  le petit bracelet en toc de sa grande sœur ; il tabassait  systématiquement  son père pour lui extorquer quelques pièces dérisoires ; il a brutalisé et  injurié  sa mère   en la traitant de tous les noms et combien de fois l’a-t-elle menacée de mort.  Sa famille vit un véritable calvaire !

          arret.jpgLe besoin en argent devient de plus en plus pressant, de plus en plus impératif et sachant que sa famille, au bout de la ruine,  ne peut lui être d’aucun secours, il décide de chercher une autre source de financement conséquente pour lui assurer un approvisionnement régulier et sans faille de ses produits indispensables.  Aussi   s’embarque-t-il  dans une affaire  d’escroquerie et d’extorsion de fonds  qui le mènera,  une  année plus   tard,  devant  la justice   qui l’a condamné à   deux ans de prison fermes.

          Sa peine purgée, c’est un autre  homme qui  revient. Sa famille l’accueille avec faveur et indulgence et,  plus solidaire que jamais, déploie  tous ses efforts pour l’aider à affronter  courageusement sa nouvelle réalité et à réintégrer la vie familiale qui lui manquait beaucoup.

          Et si c’est  à recommencer ? « Jamais ! Au grand jamais ! Le cauchemar est bien fini. C’est très dur ! Non ! Non ! …Je ne veux même pas y penser. Et pour tous ces jeunes qui sont encore  dans cette situation tragique, il faut faire quelque chose, il faut faire quelque chose.  Je regrette d’avoir fait beaucoup de mal à ma famille,  je ne me le pardonnerai jamais». Conclut-il, les yeux  en  larmes. 

          Malheureusement, la toxicomanie sévit encore  et prend  des proportions démesurées et  préoccupantes ;  elle continue à faire ses ravages dans de nombreux  villages de la région. Elle s’acharne  toujours    pour  détruire d’autres familles innocentes et assombrir d’autres foyers  et  ce  devant  l’indifférence générale de la société civile et des parents, dans la plupart du temps, absents ou démissionnaires.  Aussi  est-il grand temps  que tous les acteurs concernées  prennent  conscience de ce fléau  et  mobilisent tous les moyens disponibles  pour trouver des solutions rapides et efficaces et ainsi continuer les actions fort appréciables  des éléments de la gendarmerie nationale, des douanes,  des garde-côtes, et des autres services de sécurité qui s’engagent dans une lutte acharnée et implacable  pour décimer les réseaux  des narcotrafiquants et stopper  le flux de ces produits nocifs et  meurtriers vers notre pays.

          Le péril est là, il réclame instamment l’intervention de tous !!!

                                                                                                   M. LAOUARI

 


Une réponse:

  1. Merci du fond du cœur pour ce cri de détresse.
    Ce récit résume la vérité de toute une jeunesse livrée à elle même. L’oisiveté étant la mère de tous les vis. J’espère que cet appel soit lu, réfléchit et traduit en actes par tous les décideurs et hommes de bonnes volontés pour éradiquer ce fléau de notre société à jamais.

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